rencontre du troisième type
Posté : 05 août 2011, 17:54
Dans le jus.
Je suis dans le jus depuis des jours. La chaleur est intenable. Dehors c’est pire que la guerre. Des Goélands éventrent les poubelles et dévorent leurs entrailles. Quignons de pains rassis, vieux pots de yahourt… même les restes du plat de la veille du vieux qui loge au troisième gauche y passent. C’est dire si c’est la merde.
N’arrêtant pas mes allers retours incessants entre le plan de travail servant à la préparation des mets les plus fins tels que salade Batavia, tomates d’Espagne et oignons blancs, et la zone de cuisson où les plus belles viandes de France et de Navarre frémissent en attendant patiemment leur heure de gloire, prêtes à se jeter sous un lit de frites fraîches si le devoir le demande, je carbure bille en tête afin de servir clients sur clients, ne m’octroyant une brève pause que pour me désaltérer rapidement entre deux coups de feu.
C’est la fournaise. Je cuis littéralement au court bouillon. Proche du malaise vagal tant la pression est forte, les clients hurlant leurs commandes à qui, à quoi… mon esprit se permet néanmoins quelques brèves divagations, se laissant partir vers des paysages de sable fin, d’eau turquoise, de palmiers dansants dans la brise tiède… et de Ricard bien frais (parce qu’y a pas de raison de pas boire une anisette bien fraîche, même à Bora Bora), mon corps restant quand à lui soudé à cette triste réalité... je crois devenir fou !
tout à coup, un corps se détache de cette masse hurlante et affamée, silhouette grise, blanche, usée, le visage buriné par des années de labeur et d’exile… un être hors d’age, informe, tordu, rabougri, comme sorti d’un conte de Grimm ou d’un dessin animé. Une sorte de Tortue Géniale (cf. Dragon Ball Z pour les incultes), mais sans la coquille ni les lunettes noires…
sans crier gare, cette… chose, se met à émettre des sons à peine audibles, sorte de gémissements gutturaux venus du tréfonds de la coque d’un vieux cargo rouillé échoué sur un banc de sable perdu en plein océan, carcasse craquelante et gémissante prête à s’effondrer aux premières levées du vent d’automne (oh putain que c’est beau !)…
« mon premieeeeeer est utiliséééé par les poèèèèètes afin d’articuleeeeer leurs proooses… je répèèèèète… mon premieeeeeeer est utiliséééé par les poètes afin d'articuleeeer leurs prooooses…
mon deuxièèèèème sert à l’humain et à tout êêêêêêêtre vivaaaaaant pour conduiiiiiire les informations circulant dans son cooooooorps, d’une partie à l’auuuuuutre… je répète… mon deuxièèèèème sert à l’humain et à tout êêêêêêêtre vivaaaaaant afin de conduiiiiiire les informations circulant dans son cooooooorps, d’une partie à l’auuuuuutre….
Mon tooooooooouuuut est un spécimen séculaiiiiiiiiirre de traine savaaaaaaaatte à déambulateuuuuuuuuuur, qui roulait en véhicuuuuuuuuule agricooooooooooole avaaaaaant de se mettrrrre au taaaaaaaaaas…
Passe Teeeeeemps, le sablieeeeeer………….»
Etonné d’une telle « interjection narvalesque » en un lieu aussi mal approprié, je me permet de lui répondre, non sans mal car ayant à peine compris un mot sur deux du discours de ce vieux fou, avec ma courtoisie légendaire et de la manière la plus affable…
« eh pépé qu’est ce qu’il t’arrive, t’as craqué ou quoi ? tu vois pas que tu fais peur à l’auditoire ? ils viennent tous de manger, et j’ai vraiment pas envie d’éponger le sol à la serpillère à cause de tes conneries. Alors t’es mignon, mais tu prends ta vieille barbe de 1000 ans, tes croûtes et ton déambulateur, et tu vas voir s’il fait beau en haut de la falaise, ok ?!! »
« espèce de Naravallo ! » me répond t-il du tac au tic, « tu comprendras décidément jamais rien aux finesses de la langue de Molière !! t’es vraiment qu’un gros blair !!! si c’est ça, eh bin je reste manger, tiens !!» et il se permet de poser son cul sur un de mes tabourets, le bougre !!
retrouvant lentement mon calme, sentant ma pression artérielle redescendre sous les 35, je fixe Grincheux dans les yeux tout en repensant à la charade bidon que ce vieux cinglé m’a déblatéré la minute précédente…
Mon premier est utilisé par les poètes pour articuler leur prose… le Vers bien sur !!
Mon deuxième sert à l’humain ainsi qu’a tout autre être vivant pour conduire les informations circulant dans le corps… le Nerf !
Mon tout est un Grincheux séculaire se trainant en déambulateur… roulant sur un véhicule agricole avant de se mettre au tas…
Putain je vois pas…
Vers, Nerf… VersNerf… Nerf Vers… je sèche.
« mais t’es vraiment trop con, c’est pas possible !! » hurle t-il… « j’en ai vu des abrutis, mais là, des comme toi, sérieux, on frise le Barbatos !! »
Bingo. « Barbatos ». La clé est ici. Les images me reviennent, défilant à la vitesse d’un 1135 EFE sortant de révision (c’est vous dire si ça speede !!). Le verrou tourne, les engrenages se mettent à pivoter avec la douceur et la précision d’une mécanique fraîchement huilée.
Des pages rouges, des fous unis autour d’un chef de secte. Des collectionneurs névrosés passionnés de vieilleries diverses, vieux tréteaux tapés jusqu'à l’os, affublés de soit disant pièces racingue (tout ca pour faire "sport" alors que n’importe lequel de ces vieux étrons se ferait enfumer par le premier 125 CG fraîchement sorti de caisse)…
« bon dieu mais c’est cet infâme salopard ! espèce de vieux coyote à foie jaune, qu’est ce que tu fous ici !! » me permet-je avec la plus fine courtoisie.
« bah j’avais du temps à perdre, j’étais pas loin de ton patelin de bouseux, je me suis dit que je passerais bien te faire un p’tit bécot … » dit-il tout en enlevant son déguisement (qui se résume à… bah… rien, en fait).
Le reste ne fut que ripaille, culbutage de ribaude et récits de vieux briscards au coin du feu, feu où finissait de cuire le sanglier, lentement…
Une rencontre des plus agréables, ça je n’en doutais point vu la finesse et la légèreté d’esprit du personnage… Un bien beau midi, en somme. (mais à Dieppe. Allez comprendre)
Merde, qu’est ce qu’il me prend !! j’en arrive à lui faire des compliments !! putain c’est pas beau de vieillir…
Je suis dans le jus depuis des jours. La chaleur est intenable. Dehors c’est pire que la guerre. Des Goélands éventrent les poubelles et dévorent leurs entrailles. Quignons de pains rassis, vieux pots de yahourt… même les restes du plat de la veille du vieux qui loge au troisième gauche y passent. C’est dire si c’est la merde.
N’arrêtant pas mes allers retours incessants entre le plan de travail servant à la préparation des mets les plus fins tels que salade Batavia, tomates d’Espagne et oignons blancs, et la zone de cuisson où les plus belles viandes de France et de Navarre frémissent en attendant patiemment leur heure de gloire, prêtes à se jeter sous un lit de frites fraîches si le devoir le demande, je carbure bille en tête afin de servir clients sur clients, ne m’octroyant une brève pause que pour me désaltérer rapidement entre deux coups de feu.
C’est la fournaise. Je cuis littéralement au court bouillon. Proche du malaise vagal tant la pression est forte, les clients hurlant leurs commandes à qui, à quoi… mon esprit se permet néanmoins quelques brèves divagations, se laissant partir vers des paysages de sable fin, d’eau turquoise, de palmiers dansants dans la brise tiède… et de Ricard bien frais (parce qu’y a pas de raison de pas boire une anisette bien fraîche, même à Bora Bora), mon corps restant quand à lui soudé à cette triste réalité... je crois devenir fou !
tout à coup, un corps se détache de cette masse hurlante et affamée, silhouette grise, blanche, usée, le visage buriné par des années de labeur et d’exile… un être hors d’age, informe, tordu, rabougri, comme sorti d’un conte de Grimm ou d’un dessin animé. Une sorte de Tortue Géniale (cf. Dragon Ball Z pour les incultes), mais sans la coquille ni les lunettes noires…
sans crier gare, cette… chose, se met à émettre des sons à peine audibles, sorte de gémissements gutturaux venus du tréfonds de la coque d’un vieux cargo rouillé échoué sur un banc de sable perdu en plein océan, carcasse craquelante et gémissante prête à s’effondrer aux premières levées du vent d’automne (oh putain que c’est beau !)…
« mon premieeeeeer est utiliséééé par les poèèèèètes afin d’articuleeeeer leurs proooses… je répèèèèète… mon premieeeeeeer est utiliséééé par les poètes afin d'articuleeeer leurs prooooses…
mon deuxièèèèème sert à l’humain et à tout êêêêêêêtre vivaaaaaant pour conduiiiiiire les informations circulant dans son cooooooorps, d’une partie à l’auuuuuutre… je répète… mon deuxièèèèème sert à l’humain et à tout êêêêêêêtre vivaaaaaant afin de conduiiiiiire les informations circulant dans son cooooooorps, d’une partie à l’auuuuuutre….
Mon tooooooooouuuut est un spécimen séculaiiiiiiiiirre de traine savaaaaaaaatte à déambulateuuuuuuuuuur, qui roulait en véhicuuuuuuuuule agricooooooooooole avaaaaaant de se mettrrrre au taaaaaaaaaas…
Passe Teeeeeemps, le sablieeeeeer………….»
Etonné d’une telle « interjection narvalesque » en un lieu aussi mal approprié, je me permet de lui répondre, non sans mal car ayant à peine compris un mot sur deux du discours de ce vieux fou, avec ma courtoisie légendaire et de la manière la plus affable…
« eh pépé qu’est ce qu’il t’arrive, t’as craqué ou quoi ? tu vois pas que tu fais peur à l’auditoire ? ils viennent tous de manger, et j’ai vraiment pas envie d’éponger le sol à la serpillère à cause de tes conneries. Alors t’es mignon, mais tu prends ta vieille barbe de 1000 ans, tes croûtes et ton déambulateur, et tu vas voir s’il fait beau en haut de la falaise, ok ?!! »
« espèce de Naravallo ! » me répond t-il du tac au tic, « tu comprendras décidément jamais rien aux finesses de la langue de Molière !! t’es vraiment qu’un gros blair !!! si c’est ça, eh bin je reste manger, tiens !!» et il se permet de poser son cul sur un de mes tabourets, le bougre !!
retrouvant lentement mon calme, sentant ma pression artérielle redescendre sous les 35, je fixe Grincheux dans les yeux tout en repensant à la charade bidon que ce vieux cinglé m’a déblatéré la minute précédente…
Mon premier est utilisé par les poètes pour articuler leur prose… le Vers bien sur !!
Mon deuxième sert à l’humain ainsi qu’a tout autre être vivant pour conduire les informations circulant dans le corps… le Nerf !
Mon tout est un Grincheux séculaire se trainant en déambulateur… roulant sur un véhicule agricole avant de se mettre au tas…
Putain je vois pas…
Vers, Nerf… VersNerf… Nerf Vers… je sèche.
« mais t’es vraiment trop con, c’est pas possible !! » hurle t-il… « j’en ai vu des abrutis, mais là, des comme toi, sérieux, on frise le Barbatos !! »
Bingo. « Barbatos ». La clé est ici. Les images me reviennent, défilant à la vitesse d’un 1135 EFE sortant de révision (c’est vous dire si ça speede !!). Le verrou tourne, les engrenages se mettent à pivoter avec la douceur et la précision d’une mécanique fraîchement huilée.
Des pages rouges, des fous unis autour d’un chef de secte. Des collectionneurs névrosés passionnés de vieilleries diverses, vieux tréteaux tapés jusqu'à l’os, affublés de soit disant pièces racingue (tout ca pour faire "sport" alors que n’importe lequel de ces vieux étrons se ferait enfumer par le premier 125 CG fraîchement sorti de caisse)…
« bon dieu mais c’est cet infâme salopard ! espèce de vieux coyote à foie jaune, qu’est ce que tu fous ici !! » me permet-je avec la plus fine courtoisie.
« bah j’avais du temps à perdre, j’étais pas loin de ton patelin de bouseux, je me suis dit que je passerais bien te faire un p’tit bécot … » dit-il tout en enlevant son déguisement (qui se résume à… bah… rien, en fait).
Le reste ne fut que ripaille, culbutage de ribaude et récits de vieux briscards au coin du feu, feu où finissait de cuire le sanglier, lentement…
Une rencontre des plus agréables, ça je n’en doutais point vu la finesse et la légèreté d’esprit du personnage… Un bien beau midi, en somme. (mais à Dieppe. Allez comprendre)
Merde, qu’est ce qu’il me prend !! j’en arrive à lui faire des compliments !! putain c’est pas beau de vieillir…